Par une fraîche soirée d’été, je rentre en terres natales, plancher2ne me doutant pas qu’une petite surprise m’attend dans ma chambre d’enfant. Il y fait froid, la porte est restée longtemps fermée. Un vieux plaid en laine est roulé en boule dans un coin de la pièce près du lit. Je le déplie en quête d’un peu de chaleur, mais je suis vite rebutée par ce que je découvre à l’intérieur…

Plusieurs morceaux de terre grisâtre s’en sont échappés et jonchent maintenant le parquet. Interloquée, j’examine ces petits « pots » de terre dont la forme m’apparaît comme n’étant pas l’œuvre du hasardJe soupçonne rapidement une quelconque bestiole agile à façonner l’argile. Mais, laquelle ? Pour quoi faire ? Et bon sang ! Comment est-ce arrivé là ? En questionnant la maisonnée, je découvre que l’animal aux talents de potier a laissé d’autres traces, notamment… dans un tapis de yoga délaissé.

Après quelques recherches sur le web, une expression revient souvent et semble apporter son lot de réponses : « les guêpes maçonnes ». Voilà quelles sont mes découvertes à leurs sujets : plusieurs espèces d’hyménoptère aux mœurs solitaires sont capables de façonner des « urnes » à base de boue et de salive afin de protéger un œuf et son stock de nourriture. Ce stock est composé de chenilles, d’araignées ou d’insectes adultes maintenus à l’état de « mort-vivants » par l’injection d’un venin paralysant ce qui en garantit la conservation. La guêpe femelle pond un œuf sur une première proie qu’elle aura paralysée et déposée dans l’urne, puis s’empresse de la remplir au fur et à mesure de ses succès de chasse. Une fois l’œuf éclos, la larve grandira ensuite sur cette réserve pour ne sortir qu’après transformation en imago1.

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Pélopée transportant une boulette d’argile

Je m’étonne finalement de n’avoir pas eu plus tôt la curiosité d’ouvrir ces ouvrages de terre, ce que je fais aussitôt. J’accède alors à un indice supplémentaire en découvrant, entassées là, une dizaine de petites araignées de différentes espèces. La responsable serait donc un insecte du genre Sceliphron ou « Pélopée »2 de la famille des Sphecidae, spécialisé dans la chasse aux araignées.Cocon_ouvert.png

La Pélopée2 fuit les conditions extérieures inconfortables pour elle et sa progéniture et cherche surtout à protéger sa descendance des frimas de l’hiver. Il semblerait que les jours laissés par une charpente pittoresque mais imparfaite aient permis à l’insecte de déposer ses précieux œufs dans la maison à l’abri des intempéries et des températures extrêmes…

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Sceliphron curvatum

1Imago : nom donné au stade adulte chez les insectes

2Pélopée : ce terme est construit à partir du grec pêlós (boue, terre, argile) et poïéô (faire, confectionner).


Pour aller plus loin :

En savoir plus : http://www.insectes.org/insectes/questions-reponses.html?id_quest=560

En voir plus : http://aramel.free.fr/INSECTES14ter-21.shtml