Les Lépidoptères, du grec Lepis (écaille) et pteron (ailes) un nom bien compliqué pour désigner les « papillons ». Comme ce nom l’indique, c’est un ordre d’insectes qui portent deux paires d’ailes recouvertes d’écailles (voir des écailles en gros plan ! ). Ils arborent souvent de belles couleurs et de nombreux motifs admirés des humains… Oui, nous les humains qui avons décompté plus de 150 000 espèces de lépidoptères dans le monde dont 5000 en France.

Lorsqu’on parle des papillons, on distingue habituellement deux grands groupes : les papillons de jour (ou rhopalocères) et les papillons de nuit (ou hétérocères).  Ce sont le plus souvent les rhopalocères qui font l’objet de notre admiration et de notre attention, ils ne représentent pourtant que 250 espèces en France parmi les 5000 ! Malgré tout, vous allez voir que certains hétérocères n’ont rien à leur envier…

Cette distinction jour/nuit n’a pas de validité scientifique mais elle n’en reste pas moins utile. Alors comment faire la différence ?

Facile ! Me direz-vous : les uns volent le jour et les autres la nuit. Malheureusement non, ce n’est pas aussi simple, car si vous ne verrez jamais un papillon de jour voleter à la belle étoile, vous avez probablement déjà vu un papillon de nuit vous passer sous le nez en plein jour.

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La Panthère (Pseudopanthera macularia), Le Moro-pshinx (Macroglossum stellatarum) et la zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae) sont tous des hétérocères visibles de jour !

Vous reviendrez peut-être à la charge en affirmant qu’il suffit d’un coup d’œil et que les papillons de jour sont tout simplement grands et plein de couleurs contrairement aux ternes petits papillons de nuit. Mais ce serait une grossière généralisation :

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Le plus grand papillon d’Europe n’est autre qu’un papillon de nuit : le Grand paon de nuit (Saturnia pyri). Il est représenté ici à la même échelle qu’un petit papillon de jour : la Bande noire (Thymelicus sylvestris)
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L’Ecaille marbrée rouge (Callimorpha dominula) a de quoi vous en mettre plein la vue !

Vous voyez bien que vous avez besoin de mes lumières, alors suivez le guide !

1° La forme des antennes

Comme souvent dans le domaine des sciences, il est intéressant de connaître la racine des mots qui nous donne ici une partie de la réponse. Le terme « rhopalocère », qui vient du grec rhopalon (massue) et keras (corne ou antenne) nous indique que les papillons diurnes sont dotés d’antennes à l’extrémité renflée comme une massue. Par opposition, les papillons nocturnes sont nommés « hétérocères » du grec hetero (autre) car la forme de leurs antennes sont autres : filiformes, plumeuses ou encore larges sur toute la longueur.

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Observez les antennes en massue de deux rhopalocères (A) et les antennes plumeuses (B),  larges sur presque toute leur longueur (C) ou encore filiformes (D) des hétérocères

 

2° Les ailes au repos

Si vous parvenez à observer un papillon de jour au repos (ce qui est parfois compliqué vu la frénésie avec laquelle certains mettent à se déplacer de fleur en fleur), vous remarquerez qu’il replie ses ailes l’une contre l’autre à la verticale au-dessus de son corps. A l’inverse, si vous vous trouvez face à un papillon de nuit, vous observerez que ses ailes sont posées à plat « en toit » sur son corps.

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A gauche : aile repliée à la verticale et jointe chez les papillons de jour (ici la Thécla de la ronce)
A droite : ailes repliée à l’horizontale en « toit » chez les papillons de nuit (ici l’Ecaille tigrée)

3° Le frein

Présent seulement chez les hétérocères, le frein permet à l’aile postérieure et antérieure de rester solidaires pendant le vol. Il s’agit d’une soie1 (c’est-à-dire un poil) de l’aile postérieure qui vient s’engager dans un petit crampon (le rétinacle) sous l’aile antérieure :  Photo du système de couplage frein-rétinacle (au milieu de la page internet).

Le couplage des ailes de papillons de jour n’est assuré quant à lui que par la largeur du chevauchement des deux paires d’ailes !Frein_heterocere_schema_f.png

Frein_heterocere_f

4° Un ensemble d’indices

Mais OUI vous avez raison, un papillon à robe colorée butinant allègrement le nectar des fleurs sous un soleil de plomb a des chances d’être un papillon de jour tandis qu’un petit papillon terne qui vole autour d’un lampadaire une nuit d’été est à coup sûr un papillon de nuit.

D’autres éléments permettent parfois de les différencier :

Les pièces buccales :

La plupart des Lépidoptères adultes se nourrissent du nectar des fleurs, voire parfois du jus des fruits mûrs qu’ils aspirent à l’aide d’une véritable trompe. De même l’ensemble des chenilles sont phytophages2 munies de véritables broyeurs à végétaux.

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Pièces buccales de la plupart des lépidoptères : trompe aspirante

Cependant parmi les  papillons de nuit, certains sont dépourvus de trompe aspirante et vivent quelques jours sans se nourrir une fois à l’état adulte, juste le temps de se reproduire.

D’autres encore, appelés microptérygidés, se nourrissent de grains de pollen qu’ils broient dans leur mandibule, eux aussi sont dépourvus de trompe. Donc un papillon dépourvu de trompe est forcément un papillon de nuit.

La Chrysalide :

Ensuite, certaines chenilles de papillons de nuit font un cocon avant de s’y transformer en chrysalide, ce qui n’est jamais le cas des rhopalocères. D’ailleurs le plus souvent on peut différencier ces deux grands groupes de papillons à leur chrysalide.

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Chrysalide de papillon de nuit dans son écrin de mousse (A), Chrysalide de Gazé (B), Chrysalide de la Piéride des Biscutelles (C), Chrysalide de Flambé (D)

La plupart des chrysalides d’hétérocères ressemblent plus ou moins au dessin (A). Les rhopalocères en revanche ont des formes et couleurs de chrysalides très variées (B) (C) et (D)

Cas particuliers et erreurs fréquentes :

Mais ce ne serait pas marrant s’il n’y avait pas des pièges, des écueils destinés à tromper le naïf et non moins enthousiaste débutant tout comme le naturaliste chevronné muni de son aspirateur à insectes, de sa loupe de poche et de son filet, afin qu’ils soient bien sûrs après tout que la nature n’a jamais fini de nous surprendre !

  • J’attire donc votre attention sur ce sympathique et agité papillon de nuit : le Moro-sphinx, qui vit essentiellement le jour. Mais si ! vous l’avez sûrement déjà remarqué, cet étrange insecte qui ressemble à un petit colibri.

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    Le Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum) est un papillon de nuit
  • Ainsi que sur ce bel hétérocère : le Zygène (Zygaena sp.) aux antennes légèrement bombée et qui vit le jour également. Zygène_f
  • A ce joli insecte qui n’est pourtant pas un Lépidoptère mais bien un Névroptère3 : l’ Ascalaphe.

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    Ascalaphe soufré (Libelloides coccajus) : un Névroptere quelque part entre la libellule et le papillon
  • A ce drôle de « bourdon » qui est en fait bien un papillon…

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    La Sésie du Saule : Sesia bembeciformis

 

Allez une dernière énigme pour la fin :

Nous avons évoqué le régime alimentaire des Lépidoptères essentiellement fait de nectar de fleurs. Mais alors, de quoi se nourrissent donc les papillons qui ne sortent que la nuit, lorsque les fleurs sont refermées ? Hé bien, sachez que toutes les fleurs ne ferment pas leur joli minois à l’heure où le soleil se couche. Certaines même ne s’ouvrent que la nuit. D’autres encore respectent un timing très serré ne s’ouvrant que pendant les quelques heures énigmatiques du crépuscule.  C’est le cas de l’onagre bisannuelle (Oenothera biennis) par exemple, d’où son surnom de « Belle de nuit ».

Quelques exemples de fleurs de nuit

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Onagre bisannuelle (Oenothera biennis)

 


Définitions

1 Soie : nom donné à un type de poils durs et épais notamment chez les insectes.

2 Phytophage : Qui se nourrit de végétaux.

3 Névroptères : Ordre d’insectes à ailes membraneuses, le plus souvent avec un réseau dense de nervures qui a donné son nom à ce groupe : « Nevroptère » vient du grec neuron (nerf) et pterón (ailes). Les nervures sont généralement nettement fourchues à la marge des ailes. C’est un groupe peu connu : on y trouve les fourmilions, les ascalaphes et les chrysopes.


Les papillons, c’est votre truc mais vous ne savez pas où chercher les infos ? Voici une liste de sites utiles au lépidoptéristes (si, si ce mot est bien dans le dictionnaire) débutants ou confirmés.

Carnets du Lépidoptériste Français : http://www.lepinet.fr/

Lépidoptères de France : http://www.papillons-fr.net/

Butterfly Conservation of Europe : http://www.bc-europe.org

Moths and Butterflies of Europe and North Africa : http://www.leps.it/

Forum Yahoo Tela-Papillons : http://fr.groups.yahoo.com/group/Tela-papillons

Beaucoup d’infos et surtout des guides recommandés dans ce domaine : http://diatheo.weebly.com/

Je vous recommande un article similaire mais plus détaillé et garni de photos d’exemple pour approfondir le sujet :

http://aramel.free.fr/INSECTES13.shtml

Un article détaillé sur les papillons de nuit :

http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/papillon_de_nuit/184570