Salut lecteur ! Non, je n’ai pas complètement disparu ! Si, si je sais bien vous m’avez crue ensevelie sous une montagne de papier aquarelle et de cartons à cartes postales, échevelée et le regard fou et vous n’aviez pas tout à fait tort. Je dois bien me rendre à l’évidence que pour continuer à alimenter ce blog régulièrement, il faudra être plus synthétique… Aussi ne vous étonnez pas si je me montre moins “bavarde” dans les prochains articles à commencer par celui-ci.

Malgré le manque de temps, le doute, la lassitude et les vacances, la Nature a su titiller de nouveau ma curiosité, et il a fallu qu’elle passe par la plus “bulldozer” de mes amies (elle se reconnaîtra) et vienne se manifester jusqu’au pas de ma porte… Elle a choisi, cette fois, la forme d’une drôle de guêpe à l’allure dégingandée, ni jaune, ni rayée mais presque entièrement noire et pourvue de touches orange sanguine. La bestiole est nerveuse, vive, parfois bruyante et affectionne les sols nus à la terre légère. Mon amie et moi avions observé le même manège à quelques jours de différence, elle dans un pot de fleur, et moi devant ma porte entre les touffes d’herbe sèches d’un mois d’août avancé.

Des “guêpes fouisseuses” nous offraient le spectacle du creusement afféré de leurs nids tout en faisant preuve d’une grande fermeté quand à la distance à respecter pour l’observation. Le chat, lui-même, s’est vu repoussé d’un bourdonnement courroucé lorsqu’il approcha un museau curieux aux abords de l’entrée du nid. C’est d’ailleurs ce drôle de bourdonnement qui attira d’abord mon attention. La guêpe aux grandes pattes élancées tantôt tournoyait en sentinelle autour du nid, tantôt continuait le fouissage, faisant jaillir à reculons de petites pelletées de terre à la surface de sa galerie.

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Gros plan sur une tête de guêpe fouisseuse : équipée pour creuser !

En faisant quelques recherches, je me suis aperçue que nous n’avions pas du tout observé la même espèce, mon amie et moi, pourtant elles font toutes deux parties de ce qu’on appelle les “guêpes fouisseuses” (Super-famille des Sphécoïdes, Hyménoptères1).

Sphex_ruAmmophila_sabulosaLes guêpes fouisseuses sont appelées ainsi car toutes creusent une galerie, capturent une ou plusieurs proies qu’elles paralysent de quelques coups de dard bien placés afin de l’emmener dans les profondeurs de la terre et y pondre un œuf. Cet œuf une fois éclot donnera une larve qui se nourrira de cette chair restée fraiche ! (ça vous rappelle pas quelque chose ? Mais si !  Pour vous rafraichir la mémoire : les guêpes maçonnes et sans oublier cet article sur les pompiles ).

Schéma_galerie

Mais alors quelles différences ? Me direz-vous. Hé, bien la principale différence entre les différentes espèces de guêpes fouisseuses, outre l’apparence physique, c’est le type de proie ciblé. En particulier, les espèces du genre Sphex capturent des orthoptère2: grillons, criquets ou sauterelles. Tandis que les espèces du genre Ammophila capturent préférentiellement des chenilles de papillons nocturnes. Mais attention, ces proies ne sont pas destinées à nourrir les guêpes adultes qui se régalent plutôt de nectar et de pollen en bons pollinisateurs !

Guepes-fouisseuses-proies
Ammophile à gauche capture une chenille de Géometridae – Sphex à droite capture une sauterelle

L’apparence physique et la période d’observation est également un précieux indice pour savoir à quelle espèce on a affaire :

Période d’observation de l’Ammophile des sables

Période d’observation du Sphex gryllivore

Et en résumé ça donne ça :

Guepes-fouisseuses-planche

Ben voilà, vous n’avez plus qu’à passer vos dimanches à trier vos photos de cet été pour voir si par hasard vous n’en auriez pas rencontré une. Hum… quoi que, il y a encore plein de trucs à voir dehors !


Définitions

 1Hyménoptères : Ordre d’insectes très diversifié, regroupant, pour ne citer que les plus connus, abeilles, guêpes, bourdons, frelons, fourmis… Du grec ancien umên (membrane) et pterón (ailes), le nom de ce groupe d’insectes fait référence à leurs deux paires d’ailes membraneuses.

2Orthoptères : Ordre d’insectes regroupant grillons, sauterelles, criquets. Ces insectes se caractérisent par des pattes antérieures sauteuses très développées. Les mâles de nombreuses espèces « stridulent » en frottant deux parties de leur corps : c’est le fameux chant du grillon ou du criquet… Du grec orthos (droit) et pterón (ailes), le nom de ce groupe d’insectes fait référence à leurs ailes portées le long du dos de l’insecte.


Vous avez envie de “fouiller” le sujet ? Je recommande :

Photos de Sphécoïdes “guêpes fouisseuses”

Vidéo d’une guêpe fouisseuse

Textes de Jean-Henri Fabre :

https://www.e-fabre.com/e-texts/souvenirs_entomologiques/ammophiles.htm

https://www.e-fabre.com/e-texts/souvenirs_entomologiques/sphex_poignard.htm